AGNES CHOREGRAPHE

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AGNES CHOREGRAPHE

Message par Admin le Mar 9 Mar - 13:06


Deux étoiles au paradis
Agnès Letestu et José Martinez unissent leurs forces pour redonner vie aux "Enfants du Paradis" sur la scène de l’Opéra Garnier. Portraits croisés.

Philippe Noisette

Agnès Letestu, une des danseuses du Ballet de l’Opéra de Paris parmi les plus attachantes, arrive la première au rendez-vous. José Martinez, prince idéal des grands classiques du répertoire, se fait – un peu – attendre. Elle est blonde et trimbale une élégance naturelle. Il a le regard vif et sa silhouette se perd au fond d’un jogging. Cet ancien couple à la ville, qui l’est resté à la scène, travaille à l’adaptation des Enfants du Paradis, le chef d’œuvre de Marcel Carné et Jacques Prévert. José élabore la chorégraphie. Agnès, elle, se charge des costumes.

“La danse m’a choisi”

Agnès a 8 ans lorsqu’elle décide de faire de la danse après avoir vu Noureev et Margot Fonteyn à la télévision. “En réalité, je voulais surtout porter le costume de la danseuse !” Elle se souvient du premier cours qu’elle suit… en salopette. “La professeur m’a obligée à l’enlever, j’ai fini en culotte et tricot de peau ! La magie de la danse en prenait un coup. Mais j’avais trouvé ma voie.” La fillette, qui aimait tant les déguisements, habille aujourd’hui les autres : pour cette production grand-genre des Enfants du Paradis, elle a dessiné 150 costumes et travaillé pendant un an. De son côté, José, après avoir quitté très tôt l’Espagne, s’éveille lui aussi… à la danse. “J’ai, un jour, accompagné ma sœur à son cours, et je me suis pris au jeu. La danse m’a, en quelque sorte, choisi.” Un souffle au cœur lui fait craindre de devoir y renoncer. “Les avis des médecins étaient partagés. Disons que nous avons opté pour le plus favorable”, sourit José. Il a toujours su ce qu’il voulait. Et aujourd’hui plus que jamais.
À 16 ans, après l’Ecole de danse de l’Opéra, Agnès est engagée dans le corps de Ballet. En 1988, elle remporte le Grand Prix de l’Eurovision des jeunes danseurs. Et le 31 octobre 1997, à la suite d’une représentation du Lac des cygnes, elle est nommée étoile. “Mes oreilles bourdonnaient. J’avais l’impression de me trouver au milieu d’une avalanche, tout tremblait autour de moi”, se souvient-elle. Quelques mois plus tôt, le 31 mai, José a gagné le titre suprême avec le rôle de James dans La Sylphide. Un grade qu’Agnès voit comme un confort, quand José parle de formalité. Pour elle, c’est encore presque frais, pour lui déjà lointain. Elle a travaillé avec Rudolf Noureev sur sa dernière production, La Bayadère. Martinez a appris à danser le style Noureev… sans le maître. Leur maturité artistique leur va bien.
Agnès Letestu a signé ses premiers costumes pour les chorégraphies initiales de José. Une évidence. “Au départ, il ne s’agissait que de décoration sur nos habits de Gala. Puis avec Mi Favorita, une de ses pièces, je me suis lâchée. Je crois que José ne s’attendait pas à autant de fantaisie de ma part”. Agnès va jusqu’à concevoir des tutus en plastique ou à panier. Pour Les Enfants du Paradis, elle imagine un vestiaire en deux temps : celui du boulevard du Crime avec son petit peuple débraillé, et celui de Garance catapultée dans le beau monde. Elle promet même un costume imprimé avec pellicule de film.

“Danser trois fois plus”

José, lui, a travaillé sur le découpage du scénario avec le réalisateur François Roussillon. “Ce sont les rythmes des dialogues du film qui m’ont inspiré. J’ai fini par le regarder sans le son et j’y ai découvert des détails passionnants. Les mouvements de foule, par exemple, se révèlent incroyablement chorégraphiques”. Depuis la fin de l’été, José enchaîne des journées marathon de midi à 19 heures. “Je connais tous les rôles et je peux les danser. Comme nous avons trois distributions différentes, j’ai parfois l’impression de donner trois fois plus !” C’est dit sans aucune amertume. José sait trop le cadeau que lui fait Brigitte Lefèvre, la directrice de la danse de l’Opéra. Agnès le décrit comme “un danseur noble au caractère plutôt comique. Il a une si grande palette”. Modeste, José résume : “Je ne sais pas encore si je suis un chorégraphe. Je le saurais peut-être après ce spectacle !” Les voici tous deux aux portes du paradis.


Les Enfants du Paradis, par le Ballet de l’Opéra de Paris, Palais Garnier, jusqu’au 8 novembre,
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